Parmi mes ancêtres normands, habitant dans le Pays de Caux, certains exerçaient la profession de siamoisier. Les métiers disparus me passionnent toujours. Cette profession aux consonances inconnues a immédiatement attiré mon attention !
Au cours de mes
recherches, j'ai découvert que cette profession avait eu un impact déterminant
sur l'économie du pays de Caux et de la région de Rouen.
Selon les dictionnaires des vieux métiers, les siamoisiers étaient des tisseurs d'étoffes fines appelées "siamoises". Lors de mes recherches, j'ai constaté que ce métier n'était mentionné que dans les départements de la Haute-Normandie actuelle, et en particulier autour des villes de Rouen, Louviers et Yvetot, capitale du Pays de Caux.
J'ai donc voulu en savoir plus sur l'histoire du métier de siamoisier, comprendre pourquoi cette activité s'est développée essentiellement dans le Pays de Caux, et découvrir les évènements qui ont mené à sa disparition.
L'histoire des siamoisiers du Pays de Caux est très liée à l'histoire des rouenneries, toiles de coton fabriquées dans la région de Rouen. En effet, si la fabrication de siamoise s'est développée dans cette région, c'est qu'il y existait déjà une importante activité de tissage du coton.
C'est au début du XVIIIème siècle que nait l'activité de tissage du
coton dans les régions normandes proches de la Seine. En effet, à cette
époque, les chargements de coton en provenance des colonies arrivent au
Havre puis remontent la Seine. Le filage de cette matière première est
donc naturellement introduit dans cette région et les toiles tissées
prennent rapidement le nom de rouenneries.
Ainsi, le tissage du coton se développe dans la région et de nouvelles formes de tissus alliant différentes fibres voient le jour. Pour les rendre plus solides, on commence à entremêler dans les étoffes de coton des fibres de lin, produit localement, ou de la soie, importée par le port du Havre.
Ces nouvelles étoffes prennent le nom de siamoise car elles ressemblent aux étoffes que portaient les ambassadeurs du Roi de Siam lorsqu'ils furent reçus par Louis XIV en 1686.
Les siamoisiers, comme les tisserands, exerçaient leur métier chez eux. Comme ce métier leur permettait d'avoir une vie confortable, les siamoisiers habitaient souvent dans des chaumières typiques des villages du Pays de Caux. Ces maisons étaient reconnaissables aux fenêtres fixes dans les combles qui servaient à éclairer la chambre à tisser.
Dès le début du XVIIIème siècle, le métier de siamoisier devient très prisé dans les paroisses du Pays de Caux. De nombreux ouvriers agricoles abandonnent les métiers de la terre pour se consacrer aux métiers du tissage qui permettent d'atteindre un niveau de vie supérieur. Dans certaines paroisses, le manque de main d’œuvre pour les métiers agricoles se fait vite sentir.
Les cahiers de doléances de la paroisse d'Omonville décrivent bien cette situation :
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| Exemple de rouennerie teintée de rouge garance |
Ainsi, le tissage du coton se développe dans la région et de nouvelles formes de tissus alliant différentes fibres voient le jour. Pour les rendre plus solides, on commence à entremêler dans les étoffes de coton des fibres de lin, produit localement, ou de la soie, importée par le port du Havre.
Ces nouvelles étoffes prennent le nom de siamoise car elles ressemblent aux étoffes que portaient les ambassadeurs du Roi de Siam lorsqu'ils furent reçus par Louis XIV en 1686.
| Estampe représentant les Ambassadeurs du Roi de Siam (source : Gallica/BNF) |
Dès le début du XVIIIème siècle, le métier de siamoisier devient très prisé dans les paroisses du Pays de Caux. De nombreux ouvriers agricoles abandonnent les métiers de la terre pour se consacrer aux métiers du tissage qui permettent d'atteindre un niveau de vie supérieur. Dans certaines paroisses, le manque de main d’œuvre pour les métiers agricoles se fait vite sentir.
Les cahiers de doléances de la paroisse d'Omonville décrivent bien cette situation :
| « Nous croyons qu'il conviendrait aussi de fixer, dans chaque paroisse, un certain nombre de toiliers et siamoisiers sur celui des habitants, vu que, tous les jours, les jeunes gens s'adonnent à ces sortes de métiers, ce qui fait qu'aujourd'hui on ne trouve plus, pour ainsi dire, que des vieillards pour cultiver la terre et pour les métiers si nécessaires, tels que les charpentiers, maçons, couvreurs et autres ouvriers et journaliers de différents genres. » |
Cependant, l'âge d'or de ces métiers s'arrête à l'aube de la Révolution française lors de la signature du Traité de libre échange avec l'Angleterre en 1786.
L'Angleterre est en effet plus avancée technologiquement : les usines anglaises sont équipées de machines à vapeur, ce qui leur permet une fabrication en masse et à faible coût. L'abaissement des prix dû à l'arrivée des produits étrangers sur le marché français entraine une baisse de la demande pour les étoffes française et une explosion du chômage chez les tisserands et siamoisiers.
Cette période est également retracée à travers les cahiers de doléances. Dans le village de Louvetot, où vivaient mes ancêtres, le nombre de mendiants explose. Les cahiers de doléances y font état « du nombre infini de pauvres qui nous accablent pendant le jour, et ceux qui, se disant honteux, viennent nous rançonner pendant la nuit, au détriment de notre repos et de la sécurité publique ».
Après la Révolution, la situation s'améliore. En 1792, l'Angleterre entre en guerre contre la France avec la première coalition, ce qui met fin au traité de libre échange. L'activité du tissage est alors relancée et le chômage recule.
La fabrication des rouenneries et autres toiles prend un nouvel essor dans la première moitié du XIXème siècle. Le tissage du coton s'industrialise, notamment avec l'arrivée des machines à filer le coton, importées à Rouen et perfectionnées par Louis-Ezéchiel Pouchet. Cependant, l'industrialisation du tissage marque la fin du métier traditionnel de
siamoisier tel que l'exerçaient mes ancêtres dans leurs chaumières
normandes. Ceux qui ne quittèrent pas leur village pour les filatures des villes, reprirent les métiers de la terre que leurs pères et grand-pères avaient abandonnés quelques décennies plus tôt.
Cet article vous a intéressé ? Vous connaissez d'autres métiers impactés par le traité de libre-échange de 1786 ?
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J'aurai toujours un grand plaisir à vous lire.
Elise
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Aucun rapport donc avec les jumeaux siamois ;-)
RépondreSupprimerEn effet ;-)
SupprimerL'arrière grand père de mon arrière grand mère était siamoisier. (Jean Renault né en 1741, vers Limpiville en pays de Caux)
SupprimerMerci pour les renseignements.
au 20 siècle, toute la famille se retrouve à Bolbec, dans les usines textiles.... Logique !
Super interessant !
Dominique Belhache
ninninbelhache@yahoo.fr
Je suis contente que cet article vous ait plu.
SupprimerVotre commentaire me fait très plaisir.
Superbe exposé sur les siamoisiers
SupprimerÉtant moi même descendant de toilliers tisserand et ...siamoisiers
en ayant trouvé moult dans ma généalogie, j'apprécie fort
Un grand merci à vous Élise
Roger
Merci pour ce commentaire encourageant !
SupprimerElise